Pendant 4 semaines, il n’a cessé de pleuvoir. Les animaux étaient rares et surtout je n’entendais presque aucun bruit. La jungle est calme et tout le monde vit au ralenti quand il pleut. L’air s’est rafraîchi agréablement mais le manque de lumière et les jours passant, l’atmosphère est devenue lourde. Au bout d’un moment, cela est même devenu oppressant. L’eau est tombée et je me suis retrouvé paralysé : Quand on navigue sur la rivière et qu’il vient un gros orage, la visibilité peux descendre rapidement en dessous de 10 mètres. C’est évidemment très dangereux à cause des troncs d’arbres et il y a aussi un risque de collision avec d’autres bateaux (Bien que sur le Napo, le trafic reste très parsemé et les gros bateaux sont rares). Mon moral a commencé à être affecté et pendant les longues pauses forcées, je me suis forcé à m’occuper pour ne pas commencer à déprimer. Il fallait que je reste actif et donc je me suis occupé de l’intérieur du bateau, j’ai bouquiné ou écrit dans mon hamac, cuisiné des plats plus élaborés, bref, je suis resté toujours en activité.
Je me suis complètement habitué au Bici-Boat et le tiens bien en main. J’ai aussi compris comment déchiffrer les nombreux pièges du Napo, qui en apparence a l’air calme et innocent. Avec tout cette pluie, le niveau de l’eau est monté et je m’enlise plus ou presque plus sur les bancs de sable. Le côté péruvien du Napo est très différent de celui de l’Equateur. Les gens sont plus pauvres, la vie y est plus simple et traditionnelle. Les gros moteurs de l’autre côté de la frontière sont maintenant des pirogues ou des « peke-peke », des pirogues plus ou moins longues équipées d’une sorte de moteur de tondeuse à gazon qui est relié à un long axe. Les gens sont encore plus craintifs qu’avant et surtout beaucoup plus humbles. Les communautés parsemées le long du fleuve sont beaucoup plus distantes qu’avant et les gens ici vivent quasiment en autonomie car les produits venant d’Iquitos sont trop chers.
Je n’ai pas rencontré trop de gros problèmes en route heureusement. Voulant explorer la rivière Curaray, qu’on me dit très sauvage, les militaires m’en ont interdit l’accès. Il y a eu apparemment des incidents plus en amont vers la frontière et vu leur nervosité, j’ai préféré ne pas insister et continuer mon chemin. Le soir, alors que je commençais l’approche pour amarrer le bateau à un tronc d’arbre dans un endroit où il y avait un peu de courant et surtout des branches d’arbres dans l’eau, j’ai changé d’avis au dernier moment. J’ai pédalé contre le courant pour sortir de cet endroit qui finalement ne me convenait pas quand j’ai vu l’arbre où je voulais m’amarrer qui a commencé à tomber. J’ai pédalé de toutes mes forces mais ai très vite compris que je n’allais pas réussir à éviter le choc. Quand j’ai entendu le craquement, j’ai espéré que cela n’allait pas me tuer et qu’avec encore plus de chance, que ça n’allait pas trop endommager le bateau. J’ai fermé les yeux et attendu mais rien ne s’est passé alors j’ai levé la tête et j’ai vu l’arbre retenu par une ridicule petite liane juste au-dessus de moi !! J’ai amarré le bateau un peu plus loin. Un colibri m’a salué en volant quelques secondes devant moi et j’ai vu un dauphin gris sauté un peu plus loin. Oui, là j’ai senti que l’endroit était parfait pour passer la nuit et au même moment, dans un vacarme impressionnant, la liane s’est brisée et l’arbre est tombé dans l’eau. J’avais vraiment cru que mon jour était venu, j’ai décidemment une bonne étoile… Mais ça, c’est l’Amazonie : une journée magnifique peut rapidement devenir l’enfer sur terre. Les dangers ne sont jamais loin mais ils sont toujours discrets jusqu’au dernier moment.
L’Amazonie a la réputation d’être le refuge de tribus d’indiens téméraires. Il s’agirait des guerriers de générations en générations. Ce n’est pas le nombre d’histoires et légendes qui manquent à ce sujet. Mais le long du Napo, ce n’est pas moi qui avais peur des gens, mais ce sont eux qui avaient peur de moi. J’ai appris par Pablo et son frère Roberto que circulait une rumeur sur moi. Je serais apparemment un assassin ! La rumeur disait qu’il y a un gringo sur un bateau bizarre qui était un tueur et qui faisait du trafic d’organes. Je ne savais pas si je devais en rire ou pleurer. J’essayais d’imaginer comment je pouvais utiliser le Bici-Boat comme bloc opératoire et, grâce à mon panneau solaire, conserver des organes dans un frigo pour les revendre à un groupe mafieux encore mieux organisé. Un scénario digne d’un grand film d’horreur… Le lendemain, j’ai donc décidé d’aller visiter le village pour corriger cette image de monstre sanguinaire. Evidemment, quand je suis arrivé sur place, le village était désert. J’ai rendu visite aux 2 frères qui m’avaient invité à manger la soirée précédente et puis tout tranquillement, un à un, les gens sont finalement venus me rendre visite. Au bout de 2 jours quand je suis reparti, tout le monde est venu me saluer et les enfants sautaient à l’eau pour m’accompagner.
Depuis, je comprends mieux pourquoi ils sont si craintifs avec moi. Je pensais qu’il y avait une part de racisme, mais c’était en fait leur imagination débordante qui créait cette atmosphère pesante. Il y a aussi le fait que j’ai le courage de voyager seul qui leur fait peur. Plus loin quand j’ai parlé à un local de ces histoires, il m’a dit que si je n’ai pas peur des animaux et des gens en voyageant alors que je suis tout seul sur mon bateau, c’est que je devais sûrement être dangereux. Cette histoire d’assassin b lanc, j’allais l’entendre plusieurs fois et même jusqu’à Iquitos 1 mois plus tard. Le réceptionniste m’a dit en voyant mon passeport: ah tu es suisse, il y avait un suisse assassin dans le Napo il y a un mois mais heureusement la police l’a arrêté. C’est vraiment fou comme les histoires circulent vite ici et surtout comme elles se déforment encore plus vite. Mais vu que j’ai compris pourquoi les gens sont si distants et craintifs, je m’efforce d’être humble et donne beaucoup d’énergie pour qu’ils comprennent le plus vite possible que je suis inoffensif.
C’est donc sous les yeux inquiets des natifs de Yurku que j’ai traversé le lagon, en pédalant jusqu’à la hutte du chef de la communauté. J’ai essayé de ne parler avec personne avant de pouvoir voir le chef . Croyez-moi, avoir la sensation de terroriser les gens est très bizarre… Mais dès que j’ai serré la main au chef et qu’il m’a fait signe de rentrer chez lui pour partager le Masato (une boisson faite à partir du Yuka), tout le monde s’est détendu et la vie a repris son cours normal. J’ai passé une semaine dans le lagon à perfectionner mes techniques de pêche et à connaître différentes plantes. J’ai beaucoup appris des anciens, mais c’est surtout avec les enfants que j’ai passé le plus de temps car c’est eux qui sont chargés de pêcher pendant la journée. Chaque jour, je choisissais l’équipe du jour car ils se battaient presque pour pouvoir être sur le Bici-Boat. La plupart des hommes sont à la chasse, la spécialité de cette communauté (comme d’ailleurs presque la totalité des communautés de « natifs » - ou comme on les appelle chez nous, d’ »indiens »). Malheureusement, plus personne n’utilisent de flèches ou de sarbacane, mais un fusil de chasse qui est plus efficace mais dévastateur. Quelques personnes âgées possèdent encore le savoir de leur culture originelle, mais les jeunes ne veulent plus apprendre. Cette culture qui était si riche de par leurs connaissances des plantes et de vie en harmonie avec le reste de la jungle s’évapore chaque jour un peu plus. Les vrais tribus d’indiens sont rares et pour le peu qu’il en reste, ils se cachent au fin fond de la jungle. Pour éviter de complètement disparaître, cela fait déjà quelques générations que les différentes tribus ont décidé de vivre ensemble. Depuis, le sang s’est mélangé, plus personne ne sait de quelle tribu il vient.
Des enfants sont venus me réveiller un matin alors que j’essayais de dormir. J’ai passé une partie de la nuit à pêcher et chercher des caïmans (avec la lampe de poche, leurs yeux rouges s’illuminent mais impossible de s’en approcher car la chasse les ont rendus très craintifs… et ils ont raison de l’être). C’est la fête des promotions et le chef qui a envoyé les enfants m’a officiellement invité. Ils ont cuisiné dans des casseroles énormes pour tous et l’après-midi, je me suis fait ovationner par toute la communauté quand j’ai marqué 3 des 5 buts de mon équipe, sur un terrain de football typiquement amazonien : de l’herbe haute, plein de trous énormes remplis d’eau et des endroits complètement boueux..
En repartant, je me suis arrêté chez Luis, pour lui offrir les quelques hameçons qu’il me restait. A l’aller, j’avais dormi près de sa hutte et il était venu le soir avec un ami et une bouteille pour discuter. Heureusement pas tout le monde a peur de moi et les gens que je rencontre sont toujours de vrais braves au cœur pur, toujours humbles et très gentils. Ici l’alcool est souvent la seule occupation pour se divertir et souvent je passe des soirées à converser avec les locaux en partageant un alcool fait à base de racine ou de canne à sucre.
J’ai toujours un stock d’hameçons avec moi et suffisamment de nylon. Pour pêcher moi-même mais aussi parce que c’est pratique pour faire du troc. Je peux ainsi m’approvisionner en Yuka, platanos, fruits ou parfois même de l’artisanat qui améliore ma vie quotidienne à bord. La rivière Yurku est encore sauvage et elle se faufile à travers une végétation très dense. Etroite et enivrante, elle dégage quelque chose de magique. La dernière nuit, avant de rejoindre le Rio Napo, alors que j’étais en train de bouquiner à la lumière de ma bougie, j’ai entendu un bruit impressionnant qui est beaucoup plus fort qu’un dauphin respirant à la surface. Je me suis demandé si c’était pas un buffle qui était dans l’eau. Mais la nuit, aucun buffle ne serait assez idiot pour aller dans l’eau. J’ai alors compris qu’il s’agissait d’un Manatee ou aussi appelé « dugong » ou « vache des mers ». Inoffensif, mais qui pèse jusqu’à 500 kilos. Il est resté quelques minutes ruminant sous l’eau. Je me faisais bercer à chaque fois qu’il bougeait. Je l’aurais très mal vu dans la nuit, mais je l’aurais entendu et senti. Un souvenir fort et ça, c’est le genre de surprise qui me redonne de l’énergie pour plusieurs jours. 2 jours plus tôt, j’étais au milieu du bateau quand j’ai senti une présence. Je me suis penché au-dessus de l’eau pour regarder si je voyais quelque chose bouger quand un dauphin a sorti la tête de l’eau à moins d’un mètre de moi, tout en longeant le bateau. Ils ne sont pas agressifs mais cela ne m’a pas empêché, par réflexe, de sursauter et de basculer en arrière en me retrouver assis sur le derrière. Pas la peine d’expliquer que j’ai bien ri de ma réaction mais aussi de la belle surprise. Même si c’est calme en apparence, j’oublie parfois que dans l’eau, se trouve un monde aquatique incroyable.
Les derniers jours, le soleil est enfin revenu, après 6 semaines de pluie. J’ai senti que le Napo est devenu plus grand, divisé en une multitude de bras et beaucoup de voie sans issue. Je devais trouver le bon chemin pour rejoindre Orellana, avant l’embouchure avec l’Amazone. Les gens me saluaient depuis leurs huttes ou le rivage. Ils me demandaient d’où je venais, où j’allais, comment j’ai construit le bateau. Les gens étaient plus vifs et beaucoup moins peureux. C’est l’Amazone, qui est beaucoup plus civilisée que le Napo. Quand les fleuves ou rivières se rejoignent, il y a souvent beaucoup de poissons. Vu la taille des 2 monstres qui vont bientôt se réunir, j’ai vite compris que le coin regorgeait de vie aquatique. Pendant mes 3 dernières heures de navigation sur le Napo, ce n’était pas moins de 6 groupes différents de dauphins gris et roses qui m’ont honoré de leur présence. Certains sautaient en l’air, d’autres passaient à toute vitesse près du bateau et me donnaient des secousses. Je jubilais.
Je me suis jeté à l’eau pour fêter l’arrivée sur l’Amazone. Depuis Tena en Equateur, avec le Rio Napo ainsi que les différentes petites rivières et lagons que j’ai visité, j’ai parcouru un peu plus de 1400 kilomètres jusque-là. J’ai appris à dompter un fleuve qu’ici tout le monde respecte et qui a la réputation d’être un fleuve difficile et dangereux. J’aurais surtout appris à apprendre à vivre dans ce nouvel environnement et cela m’a donné faim, faim de plus d’Amazonie. J’adore cette vie simple qui est rythmée par le lever et le coucher de soleil et j’adore me retrouver au milieu de tant de vie sauvage.
J’étais déjà en train de penser à la bière fraîche et de l’excellent repas que je comptais m’offrir pour fêter mon arrivée à Orellana quand soudain, je me suis retrouvé dans des eaux brunes où le courant était étonnamment fort: Je suis arrivé dans l’Amazone. Ce fut un moment magique car je ne pensais pas le voir aussi vite. J’ai raté le village d’Orellana, en prenant le mauvais passage, et dû faire demi-tour pendant presque 1 heure. J’ai vite compris que j’allais devoir me faire remorquer pour remonter les 80 kilomètres qui me séparaient d’Iquitos. Finalement, ça n’aurait pas pu être plus magique, on était le 23 décembre et c’était mon cadeau de Noël : Après en avoir rêvé si longtemps et avoir essayé de l’imaginer, je découvrais enfin ce fleuve mythique.
Orellana, qui porte le nom du célèbre explorateur Francisco de Orellana (comme en Equateur d’ailleurs) restera dans mon cœur. Les gens ont été incroyablement gentils avec moi. Ce soir-là, c’était la fête des Promotions, comme il y a 3 jours à Yurku. Je me sentais euphorique et comptais bien fêter la fin de la première étape, mais une pluie torrentielle vint calmer les esprits et surtout le mien en me rappelant à mon bateau. Plus de 20 centimètres d’eau étaient rentrés et au lieu d’une nuit de célébration, je l’ai passé sur mon matelas complètement détrempé. La vie est toujours faite de surprises, il y en a des bonnes et il y a les autres aussi, mais évidemment tout est relatif et cela n’affecte aucunement ma bonne humeur.
Le lendemain, c’est Eugenio qui est venu me rendre visite avec sa femme. Il a pris son moteur de peke-peke car il a entendu que je voulais remonter à Iquitos. Ils voulaient rendre visite à leurs enfants qui vivent à Iquitos car c’est Noël. En quelques minutes, on a fixé le moteur à l’arrière de mon bateau et me voilà en train de remonter l’Amazone avec un équipage complet. Maria tenait à cuisiner (Elle m’avouera en route qu’elle ne pouvait pas imaginer un homme cuisiner et en plus, vu que je suis étranger, je dois sûrement cuisiner et manger des trucs très bizarres). Avec Eugène on se relayait 2 jours durant pour atteindre la capitale de la jungle péruvienne. Un total de 15 heures de conduite car la nuit, l’Amazone est dangereuse et tout le monde craint les agressions qui apparemment ici sont monnaie courante. On aurait dû le faire en 7 heures, mais le temps s’est déchaîné, des creux de vagues de plus d’un mètre nous ralentissaient, un vent de face et un nombre incroyable d’arbres, branches et diverses végétations qui dérivaient et qu’on devait sans cesse éviter m’ont vite fait comprendre que l’Amazone n’est pas un fleuve comme les autres, c’est un monstre et ici aussi les conditions peuvent être apocalyptiques.
L’Amazone est vraiment différent du Napo. Il est beaucoup plus direct et rapide. Le trafic est impressionnant, d’énormes bateaux le descendent ou le remontent presque en permanence. On est finalement arrivé le 25 décembre à Iquitos où je vais passer un certain temps. J’ai besoin de travailler sur le bateau, organiser différentes autorisations pour des rivières, lagons et parcs nationaux que je veux visiter en route et surtout, j’ai besoin psychologiquement de me reposer et de digérer un peu toute cette aventure. Depuis que j’ai commencé à construire le bateau il y a 5 mois, j’ai consacré tout mon temps et énergie au Bici-Boat.
Iquitos, 3ème ville de par sa taille en Amazonie est surtout la plus grande ville au monde qui n’est pas accessible par route (seulement par bateau ou par avion). Cette ville a connu un riche passé, lorsque le caoutchouc ne se trouvait qu’en Amazonie (avant que le monopole amazonien fut brisé en important des arbres d’Asie).
Le plus dur pendant cette première partie, à part quelques gros moments de solitude auront été sans aucun doute les insectes. Ils sont partout et à chaque moment de la journée, au moins une espèce est toujours active et m’attaque. Il n’y a pas que les moustiques, mais aussi les moucherons, les taons, les fourmis, les lucioles, les araignées, les cafards, les guêpes, abeilles, etc… tous mordent ou piquent. Les quelques rares qui ne veulent pas me mordre moi, s’attaquent au bois du bateau. Les reptiles et mammifères sont aussi très présents. Souvent la nuit un groupe de cochons sauvages tentent de s’approcher du bateau par curiosité ou peut-être à cause de l’odeur de ma cuisine et une nuit, je me suis fait réveillé par un rat d’une vingtaine de centimètres qui marchait sur mon dos. Mais finalement, c’est surtout les insectes qui m’ont marqué (dans les 2 sens du terme). Une piqure de guêpes nocturne m’a laissé un souvenir 3 jours durant, je ne parle pas des fourmis, surtout les fourmis assassines, qui peuvent atteindre près de 3 centimètres de longueur et dont les piqûres sont extrêmement douloureuses. Il y aussi les fameux Zancudo, un moustique qui n’est pas porteur de maladies (comme d’autres qui peuvent transmettre la malaria, la fièvre jaune , etc.), mais celui-ci, pompe une incroyable quantité de sang et cela, à n’importe quelle moment du jour ou de la nuit.
Mais l’Amazonie ne serait pas l’Amazonie sans les moustiques et les insectes. Tout à sa place dans cet environnement extraordinaire et je sens bien que cet équilibre fragile est menacé par l’homme. Beaucoup de locaux se rendent compte qu’il leur faut aller chasser à plus de 4 heures de marche alors que petit, ils se souviennent que leur père chassait presque au pied de leur hutte. Malheureusement, peu sont ceux qui réellement prennent conscience ou se soucient des conséquences.. Ils ne veulent pas admettre que leur futur proche, mais surtout celui de leurs enfants, est menacé. Mais qui suis-je pour leur dire qu’ils ont tort de faire ce qu’ils font. En Europe, nous avons déjà détruit toute vie sauvage et avons recréé de grands parcs, de grands zoos et tout est plus ou moins domestiqué. J’aimerais pouvoir apporter l’expérience occidentale pour que les mêmes erreurs ne soit pas répétées ici en Amazonie, mais je reste un étranger et je ne suis pas chez moi. Robert Louis Stevenson a dit un jour qu’il n’y a pas de pays étrangers. Seul le voyageur est étranger.
Un des problème majeur, à mon avis, vient surtout à cause de la surpopulation qui mène à la surexploitation de la pêche, de la chasse et des sols qui sont très pauvres en Amazonie ( ce qui réduit les récoltes à quelques légumes peu exigeants, comme le Yuka et le platano). L’écosystème est constamment mis sous une pression énorme pour faire vivre une population qui augmente à vue d’oeil. A part les animaux et les rivières, il y a aussi le bois qui pourrait les faire vivre, mais désormais, c’est illégal de le couper, à part pour ses propres besoins. La plupart des animaux sont aussi protégés, mais comment faire appliquer une loi alors que la plupart de ceux-ci figurent au menu quotidien des locaux. Par contre, il y a une vraie richesse en Amazonie : le pétrole et quelques autres minéraux. Malheureusement pour les locaux, l’or noir ne les rends pas plus riches mais participent à l’extermination de leur écosystème. Seul le gouvernement et quelques riches exploitations nationales ou étrangères se remplissent les poches. Si on voulait les interdire de détruire l’Amazonie, il faudrait trouver de nouvelles solutions. Un autre gros problème est la corruption qui commence tout en haut de la pyramide et qui va jusque tout en bas. Par exemple, les animaux exotiques et protégés vendus dans les marchés d’Iquitos ne seraient pas là si les fonctionnaires n’acceptaient pas les dessous de table pour fermer constamment les yeux.
Bientôt, je repartirai, le but du voyage n’est plus de descendre simplement le Napo et l’Amazone, mais bel et bien de vivre au plus près de la jungle et avec les gens. Le fleuve amazone est alimenté par un réseau de plus de 15'000 rivières dont 12 d’entre elles, dépassent 600 km de longueur totale. Pourquoi ne pas profiter de ce réseau de routes naturelles immenses vu que j’ai finalement construit ce Bici-Boat ? Je veux me laisser submerger par cet environnement et essayer d’apprendre le plus possible de toutes les richesses de l’Amazonie. L’eldorado en fait, je l’ai compris, il se trouve partout : c’est cet or vert qui recouvre toute la jungle. Je compte donc remonter de nombreuses rivières et visiter de nombreux lagons, mais ça c’est une musique d’avenir….
Hasta luego y un gran abrazo,
Hervé |