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Boat Gallery Pura Vida
Coca to Pantoja
05.12.2009
Photos

Après 12 jours de pause à El Coca, j’ai finalement repris la « route ». J’ai dû retourner à Quito pour réparer la caméra qui était tombée à l’eau. J’en ai profité pour refaire quelques achats et surtout revoir ma fille Melody qui passait quelques jours à Quito. Grâce à des gens comme Bernardo, Francisco, les 2 cousins français et bien d’autres, je me sentais comme à la maison. Le jour du départ, tout s’est animé et finalement je suis parti sous le feu des projecteurs ; plusieurs journalistes sont venus, comme mes amis de la Hostelleria Amazona et les quelques curieux habituels. Je ne étais pas seul, les 2 cousins français, François et Mayeul, appelés Pancho et Cacho, se sont construits un canot et avaient comme objectif la frontière Equateur-Pérou. Ils n’avaient pas beaucoup de temps, mais on a partagé une semaine de voyage ensemble avant qu’ils ne me laissent dans le lagon de Panacocha car mon idée était justement de prendre le temps pour me laisser submerger par l’Amazonie.



Les derniers jours à El Coca, le capitaine de la Marina me cherchait partout mais j’ai fait attention à ce qu’il ne me trouve pas. Je n’aurai donc pas à payer cette fameuse immatriculation qui m’aurait causé de nombreux soucis, surtout au Pérou voisin, dont la police peut se vanter d’être aussi corrompue que le sont de nombreux pays africains. Je sais qu’au Brésil je devrai faire immatriculer le Bici-Boat mais il me reste encore beaucoup de kilomètres et d’aventures à travers l’Amazonie avant d’y arriver.

En passant sous l’énorme pont qui délimite la fin de la ville, j’ai vu un Zodiac de l’armée foncer sur moi à pleine allure. Le Zodiac était plein de commandos armés jusqu’aux dents et je pensais que le capitaine de la Marina les avait envoyé (car je venais de passer devant la Marine Nationale). En fait, ils sont venus par curiosité, m’ont salué et m’ont souhaité un bon voyage. C’était une superbe journée et un départ réussi.

Le Rio Napo est devenu plus calme et surtout beaucoup plus grand qu’il ne l’était vers Tena. Par contre le niveau est bas, on est en pleine saison sèche.  Contrairement aux idées que la plupart des gens se font, la navigation n’est pas simple et surtout il ne suffit pas de se laisser porter par le courant. Le fleuve s’est fait un chemin naturellement et, comme un anaconda, se faufile à travers la jungle. Maintenant que le niveau est bas, il me faut naviguer d’une rive à l’autre, pour éviter les bancs de sable. Par endroits le Rio Napo atteint déjà 2 kilomètres de large. Mon principal ennemi n’est pas les bancs de sable, qui me coûtent beaucoup d’énergie mais restent en général inoffensifs. Ce sont surtout les troncs d’arbres, à la dérive ou plantés au milieu du fleuve, qui me demandent toute ma concentration et qui me font transpirer. Comme l’effort et la chaleur par moment étouffante.

Avec les 2 primos (cousins) français, la traversée s’est passée comme des vacances. On pouvait se partager les tâches quotidiennes, comme la cuisine, la collecte du bois pour le feu, etc.…  Evidemment ce que j’appréciais le plus c’était d’avoir de la compagnie et de pouvoir parler à quelqu’un.  On s’est arrêté à la Sacha Lodge où on m’avait donné un contact. Mon contact n’était pas là, mais Tomas, le gérant du Lodge nous a reçu comme des rois. Entre une collation, le buffet de midi et surtout les grillades du soir, on s’est régalé. Mais pas seulement ; Tomas, un chilien d’origine et un ex-marin qui a sillonné les mers du monde en bateau cargo, est une source d’informations et une aide précieuse. Entre les visites de la ferme de papillons ou de leurs divers tours pour admirer les oiseaux et singes en hauteur, on a échangé surtout une philosophie de vie et plein d’idées communes. On a parlé d’environnement, de l’Amazonie et de vie simple et proche de la nature. Depuis que je suis parti, je me rends compte que beaucoup de gens, qu’ils viennent de riches pays occidentaux ou de pays plus « pauvres », sont concernés par un choix de vie de qualité. C’est ce que j’appelle une nouvelle conscience d’une vie plus saine et de valeurs et priorités différentes. On comprend les conséquences directes que l’on devra payer au niveau de l’environnement et tout le monde sait qu’il nous faut désormais agir et arrêter de polluer la planète comme on est en train de le faire. Une vie plus écologique a un prix et ne s’improvise pas, c’est peut-être une des raisons pour laquelle le monde peine à changer.

Après presque 5 jours de voyage, on est arrivé à Panacocha où l’on a décidé de remonter la petite rivière du même nom pour rejoindre le lagon. On a demandé à un villageois de nous remonter avec son bateau à moteur mais très vite, j’ai abandonné cette idée. Les hélices tournaient trop vite avec la vitesse de son moteur et une corde venue s’emmêler dans la chaîne qui relie le vélo au Bici-Boat s’est brisée. Surtout, pressé par le temps, il ne faisait pas beaucoup d’effort pour prendre les meilleurs trajectoires. Après une bonne nuit de repos et les réparations nécessaires, on a rejoint tranquillement le lagon. Un anaconda mort pendait sur un arbre, les locaux l’avaient tué pour ses dents. Il existe un remède local qui s’appelle le Sigueme-sigueme (littéralement traduit comme « suis-moi, suis-moi ). Après une semaine sans viande, tabac, alcool et évidemment de sexe, toutes les plus belles femmes vont être attirées par le « chanceux » qui porte sur soi les dents du » malheureux ».

Après 2 jours dans le lagon, les primos ont repris leur chemin et je me suis retrouvé seul. Je suis resté  4 jours de plus à pêcher et surtout à organiser mon embarcation car il me faut souvent réagir vite et je n’ai pas le droit à  l’erreur : Ici, les erreurs se paient comptant. J’ai perfectionné la technique de la pêche avec mon filet de 15 mètres. J’en ai profité également pour me familiariser avec la faune locale, surtout les oiseaux qui sont nombreux dans les lagons car les autres animaux sont victimes de braconnage sans pitié. J’en suis même venu à faire un peu de troc, j’échangeais quelques-uns de mes poissons avec des locaux contre du yuka (tubercule) et des platanos (bananes vertes). En quittant le lagon, un groupe de singes capucins m’ont salué et en quelques heures, j’ai rejoint le village de Panacocha.

En parlant avec les gens, je reçois de nombreuses informations sur la rivière mais en profite pour écouter de nombreuses histoires et légendes. L’Amazonie est source de belles histoires, rarement véridiques, mais tellement belles et pleines d’innocence. Les anacondas géants de plus de 10 mètres, peuvent vous guider à  travers la jungle directement à eux. C’est pour ça que personne n’en a vu, car tout ceux qui en ont aperçu un, ne sont plus de ce monde pour vous raconter l’histoire en personne. La navigation est dangereuse en Amazonie mais « évidemment » tout les gens qui disparaissent ont tous été victimes de l’appétit vorace de ces anacondas géants. Par contre, personne ne meurt noyé ou à la suite d’un accident fluvial et cela malgré le fait que la plupart des locaux ne savent pas bien, voire pas du tout, nager. Mais sans ces belles histoires qui vous font rêver ou qui font peur, l’Amazonie ne serait pas ce qu’elle est réellement, mystérieuse et pleine de secrets.

A partir de là, je n’allais plus voir de plateformes pétrolières. La principale source de pollution de l’Amazonie Equatorienne vient de ses compagnies qui puisent le pétrole à une dizaine de mètres du Napo ou en amont de rivières plus petites qui plus tard se jettent elles aussi dans le Napo en y déversant de nombreux métaux lourds. J’ai rencontré 2 locaux en attente d’un bateau pour El Coca, puis pour Quito, qui venaient de décider de ne plus revenir travailler pour une compagnie chinoise qui les maltraitaient et les sous-payaient. Les grandes compagnies internationales ont été plus ou moins expulsées du pays par le gouvernement Correa qui est, comme Chavez au Venezuela ou Morales en Bolivie, de la nouvelle extrême-gauche latine. Les «gringos » ne sont plus là ou presque plus, mais les problèmes restent les mêmes, voire pires…

Avant d’arriver à Rocafuerte, je suis monté en selle pour les derniers coups de pédales qui me reliaient au dernier village équatorien. Le jour venait de se lever et comme depuis plus d’un mois,  m’annonçait une belle journée ensoleillée. Soudain, devant moi à une dizaine de mètres, je vis un dauphin qui me regardait. Il avait sorti la tête de presque 40 centimètres pour admirer le Bici-Boat, bouche bée. Du coup, moi aussi j’étais… bouche bée. Une rencontre magique, le premier dauphin que je voyais mais depuis j’en ai vu beaucoup d’autres. Il y a le dauphin gris ou « buffeo negro », petit et agile comme celui que j’avais devant moi et il y a aussi le dauphin rose ou « buffeo rosado », beaucoup plus grand et qui a gardé son apparence originelle ou dit plus vulgairement « préhistorique ». Ce dernier a droit lui aussi à une belle légende: Apparemment le dauphin rose se transforme la nuit en bel homme qui séduit les femmes et leur fait l’amour. C’est la cause principale d’adultère en Amazonie et donc c’est la faute de ce dauphin si une épouse se retrouve malencontreusement enceinte, mais… pas de son mari. Pour les hommes, il existe la Sirène, mère du Fleuve ou « la Sirena, Madre del Rio ». Elle est d’une beauté incomparable et est source de respect pour les hommes bien sûr mais pour les femmes aussi. Beaucoup de pêcheurs l’ont vu se promener nue sur les plages la nuit, une femme belle et  envoûtante. Le fantasme par excellence du sexe masculin, qui sait, peut-être que moi aussi je la verrai un jour.

Je suis arrivé à Rocafuerte et me suis fait discret car je devais régler mon problème de visa qui était expiré et mon histoire de matriculation avec la Marina. J’ai réglé l’amende du visa à l’amiable, en réveillant l’officier de l’immigration qui profitait d’une grasse matinée en caleçon sous sa moustiquaire. La Marina, elle, était bien réveillée mais après avoir vu le Bici-Boat sans moteur m’a juste demandé  de remplir le formulaire de passage avec mon passeport.  J’ai aussi rencontré Anel, d’Afrique du Sud, qui est venu au lagon de Yasuni avec moi quelques jours. Je n’étais pas censé rentrer sans une autorisation explicite du ministère de l’environnement mais les rangers du Parc National étaient très sympas et m’ont autorisé  l’accès.

3 jours après le départ d’Anae, j’ai passé de plus en plus de temps avec eux. Ils me rendaient visite au moins une fois par jour pour vérifier que tout allait bien et pour l’échange quotidien  d’informations: Je leur faisais part des derniers mouvements de pêcheurs, de ceux qui pêchent légalement et les autres. Eux, me donnent les informations sur les animaux qu’ils ont vu la journée, les « peiches », les dauphins, les loutres, etc..  Ils m’ont aussi offerts 2 excellents repas le jour du départ. Il ne sont que 3 pour cette entrée, et  10 au total. Le Parc couvre une région d’environ 970'000 hectares : Leur tâche est impossible. Le gouvernement, comme la plupart des pays en Amérique du Sud, ne possède pas de fonds pour l’environnement et sa protection. Ici, ils n’ont aucun moyen à disposition à part un bateau à moteur et beaucoup de volonté. Pas de cartes, d’ordinateurs, voire même de jumelles, rien.

Ici, comme dans le lagon de Panacocha qui est aussi une réserve, les locaux - et moi aussi du coup - ont le droit de pêcher ce qui est considéré comme pêche sportive. Evidemment, les autochtones continuent de pêcher et chasser comme ils l’ont toujours fait mais aujourd’hui les filets ne sont plus faits de ce qu’ils trouvent dans la nature, mais ce sont des filets en nylon pouvant atteignant facilement les 150 mètres. Il faudra encore bien du temps pour que les mentalités changent et que les gens comprennent que leur patrimoine qui est d’une richesse sans égale est en train de mourir à vitesse grand V. Le principal problème de la protection de la vie sauvage en Amazonie vient du fait que les gens depuis l’aube des temps vivent justement de la pêche et de la chasse. La jungle est un monde d’eau et d’arbres. Les arbres sont donc leur unique source de revenus avec la pêche et la chasse (et évidemment le pétrole, mais ce n’est pas eux qui en profitent vraiment). Très peu de gens comprennent que les restrictions de ces Parcs Nationaux ne sont pas faites pour les empêcher de vivre, mais justement pour que leurs propres enfants puissent encore trouver du poisson dans 10 ans. Un autre problème est le laxisme typiquement latin. La plupart des policiers, officiels ou gardiens des Parcs Nationaux préfèrent donner un avertissement qu’une amende. Les coupables, eux, récidivent très vite…

Une fois, un dauphin rose est tombé  éperdument amoureux de Pura Vida, mon bateau, et a décidé de me tenir compagnie pendant 2 jours et 2 nuits. La nuit, il s’approchait tout près du bateau et je sentais le bateau bouger quand il passait tout près. Comme confirmation, je l’entendais après faire surface et respirer. La journée, il se tenait un peu plus loin mais je l’avais presque toujours en vue. Un autre moment qui restera inoubliable ; Une autre nuit, j’ai entendu le Peiche, un poisson énorme d’environ 200 kilos qui est protégé mais très prisé. C’est un poisson qui possède des bronchites comme tout poisson normal mais étonnamment ces bronchites ont besoin d’air et non d’eau pour respirer. Il devait  être énorme parce que le bruit qu’il faisait en faisant surface était assourdissant et m’a glacé le sang. Jusqu'à ce que j’ai compris qu’il s’agissait d’un Peiche et non d’un orque…

En repartant, je dû dépassé  un îlot d’environ 30 mètres sur 20 qui suit le cours de la rivière. Pendant une demi-heure, j’ai  attendu le moment propice pour le dépasser car il prenais toute la largeur de la rivière et me prendre dedans aurait été fatal : Chaque branche ou arbre qu’il rencontrait sur son passage se faisait presque instantanément brisé et emporté par la force en apparence inoffensive de ce monstre végétal en mouvement.

Je dormais en dehors du Parc National et les rangers en ont profité pour aller à Rocafuerte quelques heures pour aller danser et s’amuser un peu. Evidemment, les locaux qui voient les rangers quitter leurs postes se précipitent pour rentrer sans se faire voir. En route, ils ont eu la mauvaise idée de venir me saluer avec quelques bouteilles en stock. Je me suis « sacrifié » pour les retenir et quelques heures plus tard et beaucoup de verres de chicha, l’alcool local, les rangers sont revenus de Rocafuerte. Les pêcheurs étaient dépités car un des gardiens les avaient reconnu et ils savaient qu’il ne fermerait pas l’œil de la nuit pour les empêcher de entrer. Il ont fait demi-tour après avoir dormi quelques heures sur le Bici-Boat à cause d’un déluge qui a duré toute la nuit.

C’est avec une petite forme et surtout avec un mal de tête que je me suis levé quelques heures plus tard et que j’ai quitté le Rio Yasuni. Ce parc Yasuni a lui aussi une histoire mais qui fait moins rêver que les histoires précédentes. Le plus gros parc d’Equateur est aussi la plus grosse réserve de pétrole du pays. Depuis 1991, les compagnies pétrolières prospectent dans le parc et ont déjà construit plusieurs routes. Ce parc est aussi censé être un sanctuaire pour les Huaoranis dont deux groupes qui se veulaient volontairement isolé du monde extérieur. Depuis, beaucoup d’entre eux, avec les routes et la modernisation ont changé de style de vie et pollue comme tout un chacun dans notre monde actuel. Le président Correa est prêt à ne pas exploiter le Parc s’il reçoit des autres pays qui sont « pro-environnement » (les pays occidentaux ou appelés ici les gringos) le montant égal à ce que pourrait lui fournir le pétrole gisant dans l’immense réserve qui reste encore à ce jour un sanctuaire de flore et de faune unique en Equateur. Quand j’ai quitté El Coca, j’ai entendu que l’Allemagne avait fait une promesse de 50 millions de dollars. Le futur du Parc est incertain et chaque jour qui passe, une partie de sa pureté et de sa virginité disparaît.


Les problèmes de l’environnement sont nombreux ici et partout dans le monde. Un monde sans pollution n’existera pas tant que l’homme sera présent. On ne peut pas empêcher l’homme de vivre donc à mon avis, il nous faudra trouver un moyen de polluer moins et consommer mieux. Même les énergies dites « non-polluantes » polluent aussi d’une façon ou d’une autre.

Mais ces pensées pseudo-idéologiques ne m’ont pas empêchées de continuer à pédaler à travers les rivières d’Amazonie et soudain, je me suis à nouveau retrouvé  dans le Rio Napo. Deux drapeaux flottants m’annonçaient la frontière. En voulant prendre une photo, je me suis fait surprendre et je me suis retrouvé coincé dans des branches en plein courant. En essayant de grimper sur le toit et de me sortir de ce pétrin à coup de machettes, je me suis fait attaquer par une fourmilière. Leurs piqûres m’ont fait hurler de douleur et m’ont finalement laissé un dernier souvenir équatorien. Un souvenir dont je me serais bien passé, mais ainsi va la vie, et une heure plus tard, la vie a repris sans devoir serrer les dents… Un nouveau début et surtout après une journée pour atteindre le poste frontière de Pantoja, j’arrivais au Pérou. 

Hasta luego y un gran abrazo,
Hervé

 

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Herve Pura Vida 2009
Herve Neukomm
Designed by:
Martin Guerra